Mamoune 93

Mes recettes écolo, bio naturelles et mes avis sur un peu tout quand j'en ai... Et le reste aussi.

17 mai 2009

Suite des chroniques ...

Mes chaussures vernies, les gourmettes et le maton

Juillet gris, juillet pluie. Mais c'est peut-être toujours comme ça ici : gris souris.

Gris souris.

Ici le ventre du monde, le ventre de la misère, ventre des désillusions, ventre grouillant de vie, de graffitis. Graffitis sur les murs, sur les wagons de train : graffitis, rouge, vert, jaune, blanc pour la paix, rouge pour le sang qui coule, bleu pour la nuit, rose pour une aurore peut-être déjà fanée.

Aurore fanée, flics et étrangers, flics contre étrangers, les étrangers contre le poulailler. Mais cette fois personne de poignardé.

D'ailleurs la police scientifique est repartie vaquer à ces occupations, Môsieur le Préfet range ses dossiers en vue de sa mutation et les flics qui assurent la sécurité à l'ouverture des portes le matin sont à nouveau deux, voire trois dans le meilleur des cas. La semaine dernière pourtant, c'était le grand carnaval : flics en tenue d'apparat, flics en civil, CRS, gendarmerie.

Hier, il y avait deux flics, deux espèces d’épouvantails qui se prennent pour le super commissaire du coin, dont la virilité est condensée à la ceinture, près des menottes et de la bombe lacrymogène, deux flics qui se croient irrésistibles et qui te reluquent sans pudeur, sûrs et certains que l'uniforme te procure des bouffées de chaleur. Il y avait donc deux flics, avec leur déguisement et les accessoires qui vont avec : gilet pare balles et téléphone portable. Oui, le téléphone portable, surtout avec l'oreillette, même si c'est pour un texto, ça fait tellement plus agent 007.

Un troisième s’est pointé.

Flash-ball tenu fermement contre la poitrine, devant les demandeurs d'asile qui attendaient là devant les murs soviétiques, leur ticket pour le grand frisson, pour le cirque bureaucratique.

Mais où étais-je à cet instant ? En France ou en guerre ? En guerre contre qui, contre quoi ?

Flash-ball et demandeurs d'asile, flash-ball contre demandeurs d'asile.

J'avais mal au cœur.

L'homme au flash-ball se tenait droit comme un i, passant en revue les môsieurs et les madames : il les passait en revue comme on passe en revue des détenus qu'on emmène à la soupe.

J'avais mal au cœur.

Je ne pouvais pas supporter. J’ai repensé sourdement « bande de décérébrés mandatés par la justice sur laquelle je pisse ». Je lui aurais craché à la gueule au mec.

Les demandeurs d'asile soigneusement rangés à l'intérieur, devant les guichets, le mec semblait croire avoir accompli son devoir et s’en est allé à coté avec son flash-ball et ses bottes de cow-boy.

À l'intérieur, les demandeurs d’asile étaient tous là. Parmi ceux qui, chanceux étaient reconnus réfugiés, il y avait un tunisien, Abdelkader. Abdelkader, comme Abdelkader qui lutta dans les montagnes rocailleuses du Maroc ?

Tout à coup j'avais repensé au jeune Algérien qui était venu à la Préfecture de police de Paris pour renouveler son titre de séjour d’étudiant étranger. Son nom m'avait interpellé : « Vous vous appelez Djaout? », « Djaout comme le célèbre écrivain? ». « Oui, c'est mon oncle ».

Tahar Djaout était donc son oncle. Écrivain kabyle de renom, Tahar Djaout a été assassiné en 1993, par le GIA ou l'armée algérienne, on ne sait pas très bien, on ne saura pas : hier Sarkozy a serré la main de Bouteflika.

Tout à coup j’avais repensé aux effusions de sang, aux attentats, à Bal-el-oued déchiquetée, à une Algérie anémique buvant sa propre hémoglobine et s’étouffant dans ses souillures. Le jeune homme qui se tenait en face de moi, avait vécu dans ce visqueux magma : pendant que j'allais au collège en ce temps là, il grandissait dans les rues d'Alger où s’amoncelaient toutes ces chairs meurtries.

Tout à coup j’avais repensé à ceux et celles qui avaient été roués de coups des deux cotés de ma chère Méditerranée. Tout à coup j’avais repensé à Dalila, Mokhtar, Mohammed, à L., ancien appelé en Algérie, qui avait répété, sa tête entre ses mains qu’« on a rien compris ». Le mois de novembre avait été froid, le mois de novembre avait été chaud et De Villepin avait décrété le couvre-feu. Non, on avait rien compris, et Noiriel et Stora s’étaient déclarés vaincus. Je m’étais alors dit aussi que la France, complètement schizo, avait besoin d’un traitement psychiatrique de choc.

.......

Posté par Mamoune93 à 00:44 - MES AMIES ECRIVENT - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    liberté,égalité,fraternité.......A réfléchir!!!!

    Trés beau message engagé j'en ai les larmes aux yeux BRAVOOOO!!!!!pour cette sincérité et vérité groooooos bisou et merci pour votre message

    Posté par lesptiteszazous, 19 mai 2009 à 21:34

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