Mamoune 93

Mes recettes écolo, bio naturelles et mes avis sur un peu tout quand j'en ai... Et le reste aussi.

21 mars 2009

à côté ... suite

Je me souviens d’un Moldave à la coupe de cheveux improbable, sourd et muet qui avait porté sa main sur la poitrine en me faisant un signe de la tête plein de déférence. Ce signe, cette déférence, m’avaient touché. Evidemment. Ils m’avaient terriblement gêné. Aussi.

À côté, toute la matinée, j'ai entendu des gens qui s'énervent, qui hurlent, qui insultent, excédés d'avoir attendu toute une nuit souvent pour rien, souvent pour qu’on leur dise « revenez demain ».

Et face aux cohortes, des flics qui jouent, bon gré mal gré, les agents de médiation.

Ou les shérifs c’est au choix.

À midi je suis allée jusqu'au centre commercial acheter un petit pain aux graines de pavot chez Paul, seul boulanger vraiment valable dans le quartier.

Dans un coin du hall des flics en civil étaient en train de serrer des petites racailles du « 9-3 ». Ventres à terre ils criaient, à peine convaincus eux-mêmes, « méééheuuuu ! On a rien fait m'sieur ». Et pendant ce temps là dans les salons feutrés du pouvoir, Rachida Dati présentait son projet renforçant la lutte contre les méfaits récidivistes des majeurs, des mineurs, des chieurs.

Personne ne faisait réellement attention, chacun continuait son petit trafic : les jeunes filles sages où les « bonnes go » tous seins dehors les soldes dans des boutiques de seconde zone, les mamans leurs courses alimentaires et les mecs leurs palabres au comptoir, dessinant des volutes de fumée autour de murs jaunis depuis longtemps.

Je suis dans le ghetto. Par tous les pores de l’asphalte, ces rues respirent le ghetto, la saleté, l’embrouille, la misère humaine. Par tous les pores de l’asphalte, ces rues respirent la mort, la vie.

Le souffre un peu aussi.

À coté, l'agacement général a repris de plus belle. Les étrangers titulaires de carte de séjour d’un an renouvelable ou de carte de résident de dix ans en ont marre de dormir ici, d'attendre debout pendant plusieurs heures pour retirer un nouveau titre qui est déjà presque périmé. Le traitement des dossiers a du retard, le personnel manque et l'ampoule dans les toilettes est grillée depuis trois semaines.

Les étrangers crient, insultent, les agents les insultent à leur tour, tout le monde s'énerve, aujourd'hui, hier, demain. On cogne contre les murs de séparation entre les différentes portes d'accès. Une porte est tombée deux fois la semaine dernière. Tensions paroxystiques. On a remonté la porte. Jusqu'au prochain accident.

Quinze heures. Un flic se fait poignarder à coté. Choc et panique.

Dans le bâtiment soviétique, l'ampoule dans les toilettes est grillée depuis trois semaines et il n'y pas de détecteurs de métaux.

Tout le monde débarque comme par enchantement : d'habitude, il n'y a pas assez de policiers pour assurer l'ouverture des portes, mais cette fois, tout le poulailler est de sortie y compris la police scientifique. Et Môsieur le Préfet.

Môsieur le Préfet qui, ne supportant plus de voir quotidiennement ces immigrés, cette faune, ces gueux s’étaler le long du bâtiment d’acier jusqu'au métro jour et nuit, voulait déplacer les files d’attente afin que ses yeux ne soient pas heurtés par ce spectacle affligeant lorsqu’il regarderait par la fenêtre de son douillet petit bureau de ministrable.

Dix-sept heures. Le poulailler est toujours planté devant le bâtiment. Les étrangers sont pourtant presque tous partis. Sauf ceux qui veulent impérativement être les premiers à entrer ... demain matin à coté où ça recommencera encore.

Je reprends le métro et contemple à nouveau, comme à chacun de mes trajets, les graffitis qui courent sur les murs abandonnés longeant le canal Saint Martin.

Je contemple les graffitis aux couleurs vives, belles, rebelles, qui courent sur les murs abandonnés longeant le canal Saint Martin en écoutant encore NTM : « pourquoi tout cela finira dans le désarroi, l'agonie lente? ...à cause de ces putains de politiques incompétentes... ».

Et je me demande si j'ai passé ma journée dans le Tiers monde ou le Bronx...

Un peu des deux, sans aucun doute.

Posté par Mamoune93 à 18:31 - MES AMIES ECRIVENT - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Je pense que ton amie devrait publier ces carnets ,ils sont vraiment bien ecrit

    Posté par Tartuffine, 04 mai 2009 à 13:26

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